Jacques Mailhot, membre du parti d’en rire

Chansonnier depuis près de 40 ans, ce natif de Riom n’a pas fini de faire rire (jaune) la classe politique. Et nous avec, mais d’un rire sans retenue. Parrain du Théâtre de Châtel-Guyon, il sera le 23 février 2011 au Zénith de Clermont.

La seule limite qu’un humoriste ne doit pas franchir est celle de son propre talent. Au-delà, c’est le bide et la réprobation de l’auditoire. Quand on dit d’un humoriste qu’il est allé trop loin, c’est parce que son talent a trouvé sa limite, ou parce que cet humoriste a voulu l’ignorer. Il s’est en quelque sorte glissé, par inadvertance ou volontairement, dans un costume trop grand pour lui. Ainsi de l’enfant : encouragé par les rires des adultes pour un bon mot tombé de sa bouche, il en tente aussitôt un deuxième, invariablement maladroit et grossier, qui lui vaut d’être renvoyé dans sa chambre. Deux humoristes ont fait cette expérience dernièrement. Au moins, connaissent-ils aujourd’hui les limites de leur talent. Pourquoi telle mésaventure n’est jamais arrivée à Desproges, pour n’en citer qu’un ? Parce que son talent était grand et qu’il se gardait bien d’en franchir la limite — qu’il avait  fixée lui-même : rire de tout, mais pas avec tout le monde. Comme quoi, un  peu de lucidité et de rigueur ne nuisent pas à l’humour, si noir soit-il.

Flirter avec la limite

Jacques Mailhot — et là nous allons faire grincer des dents — est de la trempe de Desproges. Comme lui, il possède un grand talent et fait preuve de suffisamment de lucidité pour toujours flirter avec sa limite sans jamais la franchir, malgré 40 ans de caricatures, de railleries et de « coups de patte » (souvent cruels) aux dépens des hommes et des femmes politiques. De facture classique, ses textes sont millimétriques, et les incursions qu’il s’autorise dans les registres familier ou argotique ne sont là que pour rehausser la couleur. C’est qu’il aime la langue, Jacques Mailhot, y compris celle de bœuf. Cet amour conjugué des mots et de la bonne chère lui vaut d’ailleurs d’être aujourd’hui président de l’Académie Rabelais, un aréopage d’écrivains, d’artistes et de taste-vin peu enclins à la tristesse.

Une espèce disparue en pleine forme

Osons une autre provocation : on dit des chansonniers, catégorie d’humoristes à laquelle Jacques Mailhot appartient, qu’ils sont ringards, datés, dépassés. Il arrive même qu’on parle d’eux comme d’une espèce qui aurait disparu. Mais alors, comment expliquer qu’avec ses comparses (*) des 2 Ânes (établissement dont il est propriétaire depuis 1997), Jacques Mailhot triomphe chaque soir sur la scène de ce théâtre, comme il triomphe chaque semaine (**) sur la chaîne Paris Première, battant des records d’audience ? Ringards, les chansonniers, ou intemporels ? Comme toujours, le public se charge de donner la réponse.

Pilier de l’Oreille en coin

Jacques Mailhot n’a pour ainsi dire jamais quitté le haut de l’affiche. Né en 1949 à Riom, il débuta sa carrière de chansonnier en 1972 dans un petit cabaret du 6è arrondissement de Paris, l’Échelle de Jacob. Échelle qu’il gravit rapidement, puisqu’en 1976, il rejoignit l’équipe de l’Oreille en Coin, l’émission de radio qui faisait alors un tabac sur France Inter. C’est bien simple, à cette époque, il n’y avait guère que les chasseurs et Monsieur le curé qui n’avaient pas l’esgourde collée au poste chaque dimanche matin. Et Jacques Mailhot deviendra vite l’un des piliers de cette émission.

Dans les années 80, il apparut dans plusieurs émissions de télé et publia même un premier livre, « La politique d’en rire ». Au hasard des pages de ce livre, nous apprenons que « l’intérêt essentiel pour un homme politique de voyager incognito, c’est de le faire savoir » et que « le pot-de-vin est une sorte de vasodilatateur de la conscience politique qui provoque très rapidement un regain d’intérêt chez ceux à qui on l’administre ».

Dans le sillage de Fernand Raynaud

Sur scène, quand Jacques Mailhot attrape ses pans de veste comme un tutu et sautille nerveusement sur place en prenant un air de ravi de la crèche, on pense aussitôt à Fernand Raynaud. Est-ce un hommage qu’il rend ainsi au grand comique des années 60, comme lui natif du Puy-de-Dôme, ou une influence ? Sans doute un peu des d’eux… Le plus important étant qu’il y ait toujours un auvergnat pour nous faire rire en se riant des grands de ce monde.

(*) Jean Amadou, Jean Roucas, Bernard Mabille, Patrick Font, Pierre Douglas, Régis Mailhot (son neuveu), etc.

(**) La Revue de Presse des 2 Ânes et Les Grosses Têtes.

Le Mailhot auvergnat

Parisien depuis 40 ans, Jacques Mailhot n’a pourtant pas abandonné la région riomoise. Sa société de production artistique est domiciliée à Loubeyrat et depuis plusieurs mois il est le parrain de l’opération de réhabilitation du théâtre de Châtel-Guyon, un projet auquel il a ouvert les portes de son propre théâtre lors d’une soirée de gala destinée à réunir des fonds. À noter dans votre agenda qu’il se produira le 23 février prochain au Zénith de Clermont, aux côté de Jean Roucas et Pierre Douglas dans un spectacle intitulé « Liberté, Égalité, Hilarité ».

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *