Frank Sorbier, l’oiselleur de beauté

Le Grand Couturier Frank Sorbier a habillé Mylène Farmer et Johnny Halliday. Il habillera le Musée Mandet du 14 mai au 28 août en exposant deux de ses collections et des « Gueules d’Atmosphère », collages de pièces d’orfèvrerie.

Le Grand Couturier Frank Sorbier ne passe pas son temps à la télé, le nez chaussé de lunettes noires. Réfléchi et amène, il ne se fait pas complaisamment filmer dans un pub un soir de beuverie, racontant des insanités historiques et politiques. Il travaille. Comme un artisan, il cherche toujours la perfection du geste et l’excellence de la technique. En vrai chasseur de beauté, il traque sa proie en silence avec infiniment de patience. Au fond, la seule excentricité qu’on lui connaisse, c’est de voyager en compagnie de sa perruche. Il la transporte dans un petit sac ou sur son épaule, c’est selon. Au pays des chiens et des chats par millions, on pourrait jaser. Même pas. Il le fait avec naturel. Rien de forcé ni d’ostentatoire dans son attitude. De tout cela il ressort que Frank Sorbier a réussi un tour de force : être un homme comme les autres dans un monde, celui de la haute couture, qui n’est pas comme les autres.

ORFÈVRE DU TISSUS, POÈTE DE L’ORFÈVRERIE

L’univers de Frank Sorbier est poétique et pictural sans être évanescent. Très référencé culturellement, il reste cependant ancré dans le réel, voire la culture populaire. C’est ainsi qu’il peut réaliser un jour le costume d’académicien du peintre Zao Wou-ki et les tenues de Mylène Farmer et de Johnny Halliday le lendemain.

Dans son atelier, c’est presque une affaire de famille. Il travaille avec sa compagne Isabelle Tartière et quelques « petites mains ». Il met lui-même la main au tissus. Sa curiosité insatiable et le respect des métiers d’art le poussent à rencontrer des artisans exerçant leurs talents dans d’autres domaines. Sa rencontre avec les orfèvres de l’atelier Richard procède de ces deux dispositions, même si, selon lui, il ne faut pas exclure une forme d’atavisme : « J’ai quelques liens avec cet univers, ma mère ayant travaillé pendant plus de 20 ans dans une boutique d’Arts de la Table. » De cette rencontre sont nées les collections 2009-2010 et la série de portraits réalisés à partir de couverts et de plats qui ne sont pas sans rappeler les « collages » picturaux du peintre Arcimboldo. Ce sont précisément ces œuvres qui seront exposées au Musée Mandet.

« LE DÉFILÉ N’EST QU’UNE PUBLICITÉ »

Né en 1961, Frank Sorbier débute chez Chantal Thomass et Thierry Mugler. Première collection signée de son nom en 1987. Rapidement, il éveille l’intérêt de grandes boutiques à New York, Tokyo, Paris. Il reçoit le soutien inconditionnel de Cartier depuis 1994. En 1996, il devient membre de la Fédération Française de la Couture, du Prêt-à-porter des Couturiers et des Créateurs de Mode. En 2005, ses pairs lui confèrent le titre de Grand Couturier. De grandes marques telles que Vuarnet, Swatch, Cartier ou General Motors font régulièrement appel à lui. Chevalier des Arts et des Lettres depuis 2004, il a été élevé au rang de Maître d’Art en 2010 par le Ministre de la Culture.

Interviewé en février dernier par le web magazine « Plurielles.fr », voici ce qu’il disait de son  métier :

« C’est un monde feutré, où la discrétion est de mise, on ne communique jamais le nom de ses clientes. C’est une relation de confiance et d’« intuitu personae ». J’ai envie de dire qu’il faut que « la rencontre ait lieu ». 
En ce qui concerne les modèles, il peut y avoir un monde entre une robe présentée et celle de la cliente. C’est le vrai exercice qui commence, une discussion sur le ou les modèles choisis, à quelle occasion la robe sera-t-elle portée ? Les chaussures qui pourraient s’assortir, les bijoux, etc. ? 
C’est une nouvelle création qui naît, pas une réplique, une nouvelle aventure. 
Le défilé n’est finalement qu’une proposition, une publicité. 
La Haute Couture fait rêver et pendant quelques jours, Paris devient le centre du monde ! »

LA NUIT DES MUSÉES

L’exposition de Frank Sorbier débute le 14 mai, soit le jour… de la Nuit des Musées, lesquels seront ouverts de 19h à minuit. Au programme du Musée Mandet et du Musée Régional d’Auvergne : des visites d’expos, des animations pour grands et petits, des découvertes de métiers comme la coutellerie. Nous reviendrons plus en détail sur cette « nuit » dans nos prochaines éditions.

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