Et pendant ce temps, le viaduc dérouille

Faut-il sauver le viaduc des Fades pour espérer relancer la ligne Volvic-Lapeyrouse, ou relancer cette ligne pour soutenir le développement économique des Combrailles ? Ces deux logiques s’affrontent au pied du géant de pierre et d’acier et virent même à l’antagonisme.

SAUVER LE VIADUC DANS L’INTÉRÊT DE LA LIGNE

L’association Sioule et Patrimoine se démène depuis plusieurs années pour rendre au viaduc des Fades son lustre d’antan. En 2010, elle a lancé une souscription de 3 millions d’euros dans le but de repeindre le tablier métallique et stopper de la sorte la corrosion qui le mine. Devant le peu d’empressement des « mécènes » (93 000 € réunis à ce jour), elle a proposé qu’un train touristique circule sur une portion de la ligne Volvic-Lapeyrouse, manière d’entretenir le viaduc. Un opérateur au savoir-faire incontestable s’est montré intéressé. Le SMAD des Combrailles soutient le projet, arguant du fait que la logique d’icelui n’est pas seulement patrimoniale et touristique. Ce projet s’appuie en effet sur l’idée qu’en sauvant le viaduc des Fades, clé de voûte de la ligne Volvic-Lapeyrouse, l’espoir est encore permis de revoir un jour un service régulier sur cette ligne, grâce au fret notamment. Du reste, l’Etat est prêt à investir sur la ligne si des entreprises manifestent le besoin de transporter leurs marchandises par voie ferroviaire. Mais le temps presse. Si rien n’est fait dans les prochaines années, avertissent les membres de Sioule et Patrimoine, le viaduc sera bon pour la casse. Toute discussion autour de la remise en service de la ligne Volvic-Lapeyrouse n’aura dès lors plus aucun sens.

RELANCER LA LIGNE DANS L’INTÉRÊT DU PUBLIC

Le Collectif de Défense et de Développement des Services Publics dans les Combrailles défend une tout autre logique. La ligne Volvic-Lapeyrouse est un élément moteur  du développement économique des Combrailles, et d’ailleurs le Schéma de Cohérence Territoriale des Combrailles ne dit pas autre chose. Obligeons donc l’Etat et les élus locaux à se conformer à ce schéma qu’ils ont eux-mêmes entériné. Quant à l’éventualité de faire circuler un train touristique sur une petite portion de la voie pour sauver le viaduc, c’est prendre le risque de voir RFF et l’Etat se désengager de leurs responsabilités, et de rendre ainsi la fermeture de la ligne irréversible. « Ce n’est pas la préservation d’un patrimoine en tant que tel qui importe », dit Michel Chignier le président du Collectif, « mais la préservation d’un patrimoine utile sur le plan humain, économique et social. »

CASUS BELLI

Dans un tract appelant à un rassemblement le 22 octobre à 15h  au barrage des Fades-Besserve pour réclamer plus de services publics dans les Combrailles, le Collectif accuse, sans les nommer, le SMAD et l’association Sioule et Patrimoine de vouloir « privatiser un petit tronçon » de voie « à des fins touristiques » et de ne s’adresser qu’à « quelques-uns sans se soucier du plus grand nombre ». Jugeant ce casus belli « improductif », Robert Combes, le président de Sioule et Patrimoine, répond au Collectif que leurs « démarches réciproques (….) sont convergentes et ne se contrarient en rien. » Il précise cependant que « le problème national des services en milieu rural », programme auquel il ne peut « que souscrire (…) peut cependant freiner », par son ampleur, « les nécessaires décisions urgentes. » En résumé, stratégies locale et nationale ne sont pas incompatibles, et peuvent même être menées de front, mais l’état de dégradation du viaduc impose un ordre de priorités.

SEUL LE FRET POURRA DONNER DES AILES AU VIADUC

En septembre 2010, à l’initiative de l’Etat, des transporteurs, des logisticiens, des chargeurs et une filiale de la SNCF se sont unis pour mettre au monde Ferovergne, un opérateur ferroviaire de proximité susceptible de transporter du fret dans la région. Cet opérateur tente aujourd’hui de convaincre des entreprises des Combrailles comme Rockwool ou Aubert et Duval d’utiliser ses services. Si ces entreprises font un jour le choix de Ferovergne, l’état investira sur la ligne. Si tel n’était  pas le cas, nous ne donnons pas cher du viaduc.

(Crédit photos : JP Soulier)

2 réflexions au sujet de « Et pendant ce temps, le viaduc dérouille »

  1. Bonjour,

    Permettez-moi de me présenter brièvement.
    61 ans, je suis retraité du privé, et photographe amateur.
    En août 2011, j’ai décidé d’entre prendre un photoreportage de la ligne SNCF de Lapeyrouse à Volvic.
    Domicilié à Nohanent, 63830, dans la banlieue de Clermont Ferrand, j’ai démarré mon travail depuis la Gare de Volvic, et j’en suis actuellement à 3 km de la halte de Lannet. (Point Kilométrique de la ligne 363,247), soit à environ 7 km de Lapeyrouse.
    J’ai donc parcouru cette ligne, métres paprès métres, à pied et en plusieurs étapes, depuis la gare de Volvic, soit 49 km sur les 56,600 km que compte cette ligne. J’en connais donc le moindre virage.
    Mon sentiment est que si cette ligne doit être, ce qui est souhaitable, rouverte à l’exploitation, cela doit ce faire très rapidement.
    Les ouvrages d’art (tunnels et ponts) sont globalement en bon état.
    Par contre, les traverses en bois sont quasiment toutes à changer.
    Le rail, majoritairement du type DC, présente localement des usures importantes.
    La végétation a largement envahi la voie, et de plus, je dois souligner de nombreux actes de vandalisme : Pancartes disparues, câbles électriques arrachés, boitiers de signalisation éventrés, etc.
    Je pense donc que la réouverture de cette ligne nécessitera un investissement non négligeable.
    Cependant, du fait du coût de plus en plus important des carburants, son exploitation peut être rentable, tant pour les industries, que pour une exploitation voyageurs.

    J’ai pris connaissance du projet de train touristique du SMAD, et comme la souligné son Président, monsieur Alain Escure, les 7 km du projet (de la gare des Ancizes à la halte des Fades) doivent être considérés comme une première étape.
    La prochaine, selon lui, serait de monter jusqu’à Saint-Gervais et d’obtenir la réhabilitation du viaduc.
    J’ajouterais que si cette deuxième étape voit le jour, rien n’empêcherait une exploitation complète depuis Clermont Ferrand, via la gare de Volvic, jusqu’à Montluçon, via Lapeyrouse, d’autant plus, je le répète, que la hausse des carburant rend cette option réaliste pour le fret ferroviaire.

    Il y a un gros travail à faire, mais c’est réalisable, si les bonnes décisions sont prises rapidement.
    Si l’on attend trop, il ne restera plus qu’à faire de cette ligne une de ces fameuses « voies vertes », dédiées aux randonneurs pédestres ou au vélo-rail…

    Très cordialement,
    Didier Château.

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