Tapis rouge pour les trèfles blancs

En mettant de l’ordre dans un secteur énergétique qui en avait certes grand besoin, le nouveau Schéma Régional Eolien va surtout accélérer la cadence d’implantation des éoliennes en Auvergne…

Une relative anarchie a prévalu jusqu’à présent dans le secteur de l’énergie éolienne, mais c’est terminé. En imposant des règles précises et en recadrant la place et le rôle des industriels et des collectivités, le nouveau Schéma Régional Eolien (1) vise en réalité un objectif unique : l’implantation de 250 nouvelles éoliennes (2) en Auvergne d’ici 2020, afin de disposer, à cette échéance, d’un minimum de production de 800 Méga Watts, « comprenant les installations déjà raccordées en 2011 » (3). Le reste du document relève de la feuille de route, tant il est évident qu’il ne fait que répercuter à l’échelle régionale la loi dite « Grenelle 2 », qui oblige le pays à se couvrir de 500 nouvelles éoliennes par an pendant 8 ans, pour porter le minimum de production nationale à 19 000 MW. Désormais tout est clair : comme dans un jeu de l’oie, il y a un but à atteindre, et des règles pour y parvenir. Dans cette histoire les grands gagnants sont évidemment les industriels de l’éolien qui savent maintenant sur quel mât danser, la loi traçant rigoureusement les limites à ne plus franchir et le Schéma déterminant enfin la part du gâteau qu’on leur octroie… potentiellement.

En vert, les zones favorables à l'éolien.

UN POTENTIEL D’IMPLANTATION DE 923 COMMUNES

Ce gâteau, c’est à peu près 70% du territoire administratif de l’Auvergne. Dans une région qui compte 1310 communes, 923 d’entre elles viennent en effet d’être élevées au rang de « zones favorables au développement de l’éolien » par la grâce du nouveau Schéma (4). Quand ce Schéma entrera en vigueur, 923 communes auvergnates pourront donc légitimement demander à passer en ZDE (Zone de Développement Eolien), à condition de remplir certains critères (ne pas doublonner avec les éoliennes du voisin, par exemple). Bien entendu, toutes ne franchiront pas le Rubicon, l’important étant qu’il y en ait suffisamment pour atteindre l’objectif « 800 MW ». 15

PAYSAGES EMBLÉMATIQUES ÉPARGNÉS

N’importe quel artiste vous le dira, c’est dans la contrainte qu’on crée le mieux. Dans le cas présent, la première de toute est territoriale. On ne fera pas n’importe quoi dans les Zones Natura 2000 et les parcs régionaux (Volcans et Livradois-Forez) ; on ne fera rien du tout dans 15 paysages emblématiques de l’Auvergne (Sioule, Forêt de Tronçais, Chaîne des Puys, Val d’Allier, etc.), des lieux où aucune éolienne ne sera autorisée à couper l’air en tranche (5). Seront également protégés les monuments historiques et les éléments épars du patrimoine naturel, les habitations (500 m de distance minimum entre elles et les éoliennes), les eaux de source (1000 tonnes de béton injectés dans le sol sont nécessaires à l’ancrage de chaque mât), les oiseaux et les chauves-souris, les couloirs aériens militaires où les avions volent en rase-motte, les radars, etc. Les autorités s’engagent enfin à éviter les effets de saturation sur le paysage (engagement de principe quand on accorde un permis de construire pour un parc de 20 éoliennes). Les autres contraintes concernent principalement les industriels qui devront notamment présenter des garanties financières, déposer des permis de construire pour 5 éoliennes minimum, et démanteler les installations une fois leur contrat d’exploitation arrivé à échéance.

« NÉCESSAIRE TRANSITION ÉNERGÉTIQUE »

Bien conscients que la pilule des 250 éoliennes ne sera pas avalée sans grimace par les populations, les rédacteurs du Schéma rappellent aux industriels et aux collectivités qu’une « concertation de qualité autour des projets éoliens » favorisera « leur acceptation locale ». Pas avares de conseils, ils leur suggèrent même d’organiser des « réunions d’informations sur la question, plus large, de la nécessaire transition énergétique de notre société ». Avec une telle communication et 70% du territoire administratif mis à la disposition des industriels, c’est bien le diable si l’Auvergne ne parvenait pas à remplir ses devoirs éoliens.

(1) Compris dans le cadre plus général du Schéma Régional Climat Air Energie, ce Schéma Eolien est consultable sur Internet et dans plusieurs bâtiments administratifs jusqu’au 16 mars. (2) Ce chiffre n’est pas cité par les rédacteurs du Schéma Eolien, mais il apparaît dans le document d’orientation du SRCEA (p.85) (3) Ce chiffre est une valeur nominale qu’il convient de diviser au moins par 3 pour obtenir la production réelle. Quant au potentiel de production de l’Auvergne, il est estimé à 1200 MW par France Energie Eolienne, le syndicat des industriels. (4) Riom, Mozac, Malauzat, Châtel-Guyon ou Pontgibaud ne sont pas du nombre. (5) Le caractère inesthétique des éoliennes est ici implicitement reconnu. 

9 réflexions au sujet de « Tapis rouge pour les trèfles blancs »

  1. Massacre à l’éolienne, ou histoire d’une imposture.

    Bonjour à tous.
    Ancien soixante-huitard pur et dur, doté de mon brevet de précurseur de l’écologie par mon abonnement à la « Gueule Ouverte », journal écologique politique qui fut fondé en novembre 1972 par Pierre Fournier, je me devais d’être un pro-éolien convaincu.
    « Oui, mais ça, c’était avant… », comme le clame une pub pour célèbres lunettes.

    Avant que je sillonne, pour raison professionnelles, l’Europe du nord, entres autres l’Allemagne et le Danemark.
    La poésie sublime des champs d’éoliennes le long de la Baltique me laissais quand même assez perplexe quand à leur esthétique, mais enfin, me disais-je, pourquoi pas, c’est « écolo » et ils sont chez eux…
    « NIMBY », « Not In My Backyard » (Pas dans mon jardin) comme le disent si bien mes amis anglo-saxons…
    J’avais bien aussi entendu parler des protestations des polonais quand les vents d’ouest leur amenaient les pluies acides générées par les centrales au lignite de leurs voisins allemands.
    Ben oui, quand il n’y a pas de vent, il faut bien compenser…
    Mais enfin, la Pologne, c’est si loin…

    Avant surtout, qu’un jour de février 2009, je monte vers l’un de mes coins favori pour la photo : le Plateau du Cézallier.
    Je n’y étais pas venu depuis bien longtemps…
    Pour ceux qui ne connaissent pas, le Cézallier fait partie du Parc naturel régional des Volcans d’Auvergne.
    Il est situé dans le Massif central, entre les monts Dore et les monts du Cantal, et est à cheval sur deux départements, le Puy-de-Dôme et le Cantal.
    Les grands espaces découverts du Cézallier forment un terrain de chasse idéal pour le chasseur d’image que je suis.
    C’est une terre d’estive, un espace magnifique, à la beauté sauvage et grandiose.
    Enfin, je devrais dire, « c’était »…

    En effet, au cours de cette balade, j’ai découvert une nouvelle flore, une plantation de végétaux étranges, de fer et de béton, qui écrasent tout de leur taille imposante, entre 80 et 100 mètres de haut.
    Et cela s’étalait depuis Roches-Charles-La-Mayrand, le long de la D127, puis le long de la D32, depuis la hauteur de Vénèche jusqu’au lieu dit la Baraque.
    Combien il y en avait il ? je ne sais, je ne les ai pas compté.
    On ne voit plus qu’elles, ces moulinettes disgracieuses et dispendieuses.

    C’est là, en l’espace d’un après-midi, le 20 février 2009, je suis devenu un farouche opposant à cette arnaque, je suis devenu ce qu’ « ils » appellent, un « impérialiste paysager ».
    Cette énergie soi-disant propre, qui oublie de dire qu’elle a un facteur de charge compris entre 19 et 21%
    Cette énergie soi-disant propre, qui oublie de dire que quand elle ne peut produire, elle doit faire appel à des énergies de substitution, gaz, fuel, charbon, grands pourvoyeurs en CO².
    Par exemple, les Allemands, avec 10 tonnes de gaz carbonique émises par habitant et par an contre 6 pour nous, soient les plus grands pollueurs d’Europe pour avoir appliqué la politique de leurs « grünen »…
    Et je ne parle pas du démantèlement de ces machines, lorsqu’elles seront arrivées en fin de vie…
    Si les éoliennes sont surtout très lucratives pour ceux qui les installent, les promoteurs qui les auront implantés seront loin de là, fortune faite grâce aux gogos qu’ils auront endormis, quand il faudra les démonter.

    Plutôt que de sacrifier à ce diktat qui fait fi de notre patrimoine paysager, et sans refuser pour autant des modes de production énergétique qui ne font pas forcément appel à la fission nucléaire, il faut savoir que chez nous en Auvergne, nous disposons d’une énergie renouvelable qui est l’hydroélectricité.
    L’hydroélectricité auvergnate représente quelque 2 millions de MWh, soit 3 % de la production hydroélectrique nationale.
    Un moyen de produire de l’électricité, qui serait jouable chez nous, mais qui n’est pas encore exploitée, serait la géothermie profonde.
    Voir les travaux effectués dans ce sens à Soultz-sous-Forêts, en Alsace.

    Cordialement à tous.
    Didier Chateau.

  2. J’ajouterai simplement ceci à mon (long) commentaire :
    Si on met le préfixe « écolo » devant n’importe quelle ânerie, ladite ânerie devient illico vertueuse et par conséquent ceux qui s’y opposent ou qui la discutent sont diabolisés.

    Cordialement à tous.
    Didier Chateau.

  3. Bonjour à tous.

    Il faut tout de même être conscient que le lobby éolien étend ses tentacules sur l’Europe entière, et qu’il est particulièrement présent en Allemagne est dans les pays scandinaves.

    Suite au nouveau programme énergétique de l’Allemagne, nous apprenions de manière très confidentielle, que ce pays doit investir 32 milliards d’euros dans les réseaux électriques.

    Surprise ?

    E.ON Netz, l’un des trois réseaux de distribution électrique allemand, avait publié un rapport en 2005, afin d’alerter sur les 3 problèmes majeurs qui allaient perturber le réseau du fait de la croissance de l’éolien :

    1) L’énergie éolienne ne peut remplacer les centrales traditionnelles que dans une proportion limitée.
    2) Les méthodes actuelles de prévision météorologique ne peuvent estimer la production éolienne future que de façon approximative.
    3) L’accroissement prévu de l’énergie éolienne ne pourra être pris en charge que si l’on renforce l’infrastructure du réseau de distribution. (Ce qui à l’époque, était estimé à plus de 3 milliards d’euros).

    De plus, ce rapport publié, je le rappelle en 2005, mettait l’accent sur d’autres problèmes induits par l’accroissement de l’éolien.
    Entre autres, stabilité du réseau compromise par l’éolien, et pire, des perturbations qui se répercutent chez les voisins connectés !

    Suite à la publication de ce rapport, les installations de nouvelles éoliennes avaient été réduites en Allemagne.
    Mais, après Fukushima, le nouveau programme énergétique allemand fait fi du rapport d’E.ON Netz, et la première des conséquences est l’extension de 3.800 kilomètres de nouvelles lignes électriques, pour un coût estimé à 32 milliards d’euros.

    Je note une certaine ironie de l’histoire, quand on se rappelle que les lobbies éoliens essayaient de faire croire que, dans les paysages, les pylônes étaient plus gênants visuellement que les éoliennes.
    C’était l’un de leurs arguments, avec les châteaux d’eau, dans le combat que nous menons pour la sauvegarde de notre patrimoine paysager !!!

    Comme il s’avère maintenant que c’est l’éolien et non le nucléaire qui a besoin de plus de pylônes, les lobbyistes éolien sont contraints à se débattre dans leurs affirmations contradictoires.

    Les lobbyistes de l’éolien, par la voix des écologistes ont accusé l’énergie nucléaire d’avoir multiplié le nombre de lignes à haute tension.
    Ils doivent maintenant inverser leur discours car l’éolien a besoin de bien plus de lignes à très haute tension que le nucléaire.
    C’est là, juste une de ces nombreuses contradictions sur lesquelles les lobbys éolien ne communique guère…

    L’éolien industriel est à nos campagnes ce qu’était l’amiante dans nos industries.
    Va-t-on attendre vingt ans pour réagir ???

    Didier Chateau.

  4. Bonjour à tous.

    Je dois l’avouer, je suis un indécrottable naïf…
    Au tout début de mon entrée au CIT (Conseil d’Initiatives du Territoire) du Parc des Volcans, j’avais quand même été interloqué par l’attitude du Président du Parc Naturel Régional des Volcans d’Auvergne (PNRVA), monsieur Roger GARDES, quand j’avais évoqué avec indignation le massacre du plateau du Cézallier suite à l’implantation de ZDE.
    Il semblait minimiser l’impact environnemental des éoliennes sur le parc.
    Attitude d’autant plus surprenante que l’immense majorité des membres du CIT (93%) émettaient une opinion pour le moins défavorable, doublée d’une opposition sans ambiguïté à l’implantation de ces ZDE.

    Je viens de comprendre en recevant la liste des candidats aux législatives pour la 3ème circonscription du Puy de Dôme, circonscription à laquelle j’appartiens.
    Au titre des alliances, le Parti Socialiste a laissé la place dans cette circonscription à une candidate d’Europe Ecologie Les Vers (EELV) Mme Danielle AUROI.
    Et qui donc est son remplaçant ???
    Bingo :
    Monsieur Roger GARDES…

    J’ai largement soutenu et milité pour la victoire de Monsieur François HOLLANDE, notre actuel Président de la République, et je ne m’en cache pas.
    Mais, j’ai soutenu sa candidature, tout en sachant que je ne partageais pas certaines de ses orientations, particulièrement celle concernant son alliance dangereuse avec EELV.

    J’ai donc écris au siège de la fédération locale du PS, avec double à l’instance nationale, courrier dans lequel j’ai indiqué que je me refusais à cautionner un parti dont l’un des but est le saccage de notre patrimoine paysager au profit de lobbys, et que par voie de conséquences, j’irai bien voter aux deux tours, mais avec un bulletin blanc.

    Cordialement à tous.
    Didier Chateau.

  5. Bonjour.

    Je vous remercie d’avance de porter votre attention à ma démarche.

    Je fais partie d’une association visant à lutter contre l’implantation des parcs éoliens dans nos montagnes de Haute Auvergne que je trouve trop timorée. j’ai donc créé un blog à cet effet :
    http://cantal-le-volcan-vendu.blogspot.fr/

    Nous savons en effet que la CABA et la préfecture ont pris leur décision de créer deux parc éoliens sur le plateau de Vermenouze-route des crêtes et sur le plateau du coyan.

    Un troisième serait prévu dans le secteur de Vic sur Cère (sans plus).

    Ces projets sis sur la marge du Parc des Volcan vont porter une grave atteinte à la protection de la nature; au grand site du Puy Mary et permettre à l’Etat de ruiner à jamais le tourisme fragile du cantal.

    Un grave état de fait laisse prévoir que l’Etat poussé par les écolos va pouvoir couvrir nos montagnes de « ventilos ». En effet l’assemblé a la semaine dernière voté à trois heures du matin un texte permettant ces implantations sans que les recours soient possibles.

    Voulez vous s’il vous plait prendre une part active dans notre lutte.

    Nos concitoyens n’ont pas saisi la gravité de la situation et si nous ne faisons rien nos crêtes et plateaux seront gâtés à jamais.

    Même Salers n’y échappera pas mais Vic-sur-cère paraît déjà sacrifiée.

    D’avance merci
    vincent LEJOLY

  6. Monsieur Vincent Lejoly,
    Je vous présente mes plus plates excuses pour mon absence de réponse à votre invitation.
    La raison est que le site de Gilles Frierese n’offre pas l’option de suivi des commentaires relatif à un sujet, et je ne pense pas toujours à revenir sur mes pas.
    Je vous prie donc encore une fois de bien vouloir excuser mon silence, et je vous contacte aussi rapidement que possible.
    Didier Chateau.

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