Ligne Volvic-Lapeyrouse : un train de brousse en Combrailles

« Ne m’appelez plus Volvic-Lapeyrouse mais Peau de Chagrin. » Fermée depuis cinq ans au trafic normal, la ligne ferroviaire qui traverse les Combrailles est envahie par les herbes, les broussailles, les arbres, les vandales et les collectionneurs sans scrupule. C’est le constat fait par Didier Château, un photographe amateur, qui a parcouru à pied l’intégralité de la ligne.

Le pont de pierre de Verrière à côté de l'A89

En février dernier, alors que le Syndicat Mixte d’Aménagement et de Développement des Combrailles votait son budget annuel (1 million 710 218 €), Alain Escure (*) relançait l’idée d’un train touristique sur une portion de la ligne Volvic-Lapeyrouse fermée au trafic normal depuis le 8 décembre 2007. Dans le même temps il annonçait la réalisation prochaine d’une étude de faisabilité de ce projet et une expertise de la voie ferrée. Il ajoutait même, histoire de secouer le cocotier : « Si on ne fait pas quelque chose cette année, plus personne n’utilisera jamais cette ligne » (**).

DES ACACIAS ET DES SAPINS ENTRE LES RAILS

Entre Manzat et Charbonnière-les-Varennes

Il est vrai que la voie est mal en point. Didier Château, un jeune retraité de Michelin passionné de photo, de balades et de trains, a arpenté, en plusieurs étapes et à différentes saisons, les 56,599 km qui séparent Volvic de Lapeyrouse. Ce qu’il a vu n’a rien de rassurant, et les quelques 2000 clichés qu’il a pris sont accablants. La ligne Volvic-Lapeyrouse, sur laquelle le dernier train désherbeur a circulé le 19 novembre 2008, a littéralement disparu sous les herbes et les broussailles, les sapins et les acacias poussent entre les rails, et les traverses donnent des signes de fatigue irrémédiable. « Au-dessus de Saint-Priest, il y a carrément une sapinière qui s’est installée sur la ligne, témoigne Didier Château. Des sapins qui ont déjà quatre ou cinq centimètres de diamètres. » (***)

AU BONHEUR DES COLLECTIONNEURS ET DES FERRAILLEURS

Le panneau avant le passage d'un "collectionneur"...

 

Quelques mois plus tard, le panneau a disparu.

Mais l’envahissement de la végétation et l’usure du matériel ne sont rien en comparaison des déprédations. Au fil des années, la ligne est devenue un libre-service pour les collectionneurs sans scrupule, les ferrailleurs en mal de cuivre et les vandales sans cervelle. Les panneaux de signalisation disparaissent les uns après les autres. Des câbles électriques sont arrachés et des boitiers de détection saccagés. Des éclisses et des sabots servant à fixer les rails sur le ballast sont démontés. « Les capteurs positionnés à hauteur des passages à niveau sont éventrés pour les uns, débranchés pour les autres, se désole Didier Château. A la hauteur des Ancizes, les éclisses d’un rail ont disparu. En venant de Manzat les panneaux de signalisation de la gare de Charbonnière, qui étaient encore présents au mois d’août 2011, avaient disparu quand je suis revenu en novembre, tout comme la pancarte du point kilométrique qui se trouvait au même endroit. Et je pourrais citer bien d’autres exemples… »

Alors que depuis plusieurs années, et à juste titre d’ailleurs, l’attention se focalisait sur l’avenir du viaduc des Fades, clé de voûte de la ligne Volvic-Lapeyrouse, la ligne elle-même subissait les atteintes du temps et les actes de malveillance sans que le public en soit informé. Une situation qui semble ne pas gêner son propriétaire, le Réseau Ferré de France, qui a liquidé plus de 10 000 kilomètres de voie ferrée ces dernières années sur le territoire national, et cela dans l’indifférence générale et au nom de la sacro-sainte rentabilité. Quand on veut se débarrasser de son chien, ne dit-on pas qu’il a la rage ? La ligne qui traverse les Combrailles est en tout cas bien malade, et sa remise en état, ne serait-ce que sur une poignée de kilomètres, nécessitera un traitement de cheval.

(*) Alain Escure, maire de Manzat, est le président du SMADC. (**) La Montagne, 24 février 2012. (***) Selon Didier Château, les derniers kilomètres de voie en direction de Lapeyrouse sont moins détériorés que les précédents. Mais il s’agit d’une poignée de kilomètres en comparaison du reste.

BALISES

La ligne Volvic-Lapeyrouse porte le numéro 709 000. Ouverte dans sa totalité en 1909 au moment de la mise en service du viaduc des Fades, elle a pour origine la ligne minière Lapeyrouse-Saint-Eloy-les-Mines sur laquelle les premiers trains ont circulé en 1865. Elle fait l’objet d’une fermeture dite « provisoire » depuis le 8 décembre 2007 et devait à ce titre être préservée, notamment de l’envahissement de la végétation…

3 réflexions au sujet de « Ligne Volvic-Lapeyrouse : un train de brousse en Combrailles »

  1. « Ferrailleurs en mal de cuivre et les vandales sans cervelle »

    Bonjour à tous.

    Juste un petit complément à l’article de Gilles Frierese.
    Cela concerne le tronçon de la ligne compris entre la gare de St Priest-Sauret, et le tunnel de Toureix.
    Le 25/05/2012, je suis parti à la recherche de vestige d’un PN (passage à niveau) que j’avais zappé lors de mon premier passage, le 01/12/2011.
    Au Point Kilométrique 490.736, il y a ce que l’on appelle un « crocodile » qui double un TIV30. (*)
    A coté du crocodile, un container métallique cadenassé, qui abrite les batteries qui l’alimentent.

    A mon passage du 01/12/2011, l’ensemble était intact.
    A mon passage du 25/05/2012, le container était renversé et ouvert…
    Action totalement stupide, la batterie qui alimente le crocodile, d’une tension de 16 volts, ne peut avoir d’autre usage que celui pour lequel elle a été conçue.
    De plus, elle est non rechargeable, et on devrait d’ailleurs plutôt parler de pile.

    J’ai remis l’ensemble du dispositif en bon ordre, tout en songeant à cette réflexion prêtée à Albert Einstein :
    « Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue… »

    Un peu plus loin, au PK 490.900, j’ai du aussi remettre à sa place la borne hecto qui avait été arrachée….

    Didier Chateau.

    (*) Pour les néophytes, un crocodile SNCF ne mord pas, bien que dans ce cas, je le regrette !
    C’est un dispositif de forme allongée placé entre les deux rails, le plus près possible en amont d’un signal. Il se compose d’un patin en acier, de deux mètres de long environ, sur lequel vient frotter une brosse fixée sous le châssis des engins moteurs.
    Son rôle est de répéter en cabine de conduite, l’aspect fermé ou ouvert d’un signal, ou une alerte de sécurité, en l’occurrence ici, le TIV30 (Tableau Indicateur de Vitesse 30km/h).

  2. bonjours qu en est il du projet de train touristique y a t il des passionnès pour essayer de monter une association pour sauver cette ligne

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