Oie-ci, Oie-là… L’art sur un coup de dés

L’artiste Yolaine Belmont-Roux (YO) propose au public du musée Mandet, du 12 février au 7 avril, une exposition-jeu racontant l’histoire de l’art moderne et contemporain. Pour jeune public et public non-averti. Les connaisseurs ne sont pas dispensés de révisions.

Oie-ci, Oie-là est un jeu de l’oie divisé en 7 séries de 9 cases représentant chacune une période de l’histoire de l’art moderne et contemporain. Ce jeu s’ouvre sur la deuxième moitié du XIXe siècle et se referme sur les années 2010, ce moment où l’art, nous explique Yolaine Belmont-Roux,  s‘est insinué partout : aussi bien dans les espaces publics et les objets usuels, que sur internet et dans la nature.

Chaque case est dédiée à un ou plusieurs artistes. Le visiteur parcourt le jeu en jetant les dés. En deux coups de dés, il peut ainsi atterrir en plein cubisme ou dans les Etats-Unis d’après-guerre, chez Jackson Pollock. Naturellement, le vainqueur est celui qui atteint la dernière case, celle des arts vidéo. Mais le visiteur peut aussi ne pas lancer les dés. Il commence alors par la case « Turner », passe ensuite à « Gauguin », « Van Gogh », « Ensor », « Rodin », « Cézanne », et remonte case après case l’histoire de l’art des 160 années qui se sont écoulées depuis la mort de Turner.

Case 1 – Turner

Avec Turner « les formes se dissolvent dans la lumière »

Les cases sont des boîtes en carton ouvertes sur le devant. On dirait au choix des petits autels, des lucarnes, des télés, des vitrines, des théâtres miniaturisés. Le tout forme une sorte de cabinet de curiosités. Les œuvres des artistes collées ou posées dans ces cases sont accompagnées d’une notice explicative claire et concise. C’est le principe de l’image associée à une légende. Nous apprenons qu’avec Turner « les formes se dissolvent dans la lumière. » Gauguin cherche à exprimer plus « une idée qu’une représentation de la réalité ». Dans les dernières années de sa vie, Cézanne tend vers « une vision abstraite de la nature ». Malévitch, « dans sa quête d’un monde sans objet, (…) aboutit en 1918 au Carré Blanc sur Fond Blanc. » Rauschenberg, en 1952, « s’associe au compositeur John Cage et au danseur Merce Cunningham dans des happenings Events. » Ces happenings sont les premiers de l’histoire de l’art. Et ainsi de suite. A chaque période, chaque école, et presque chaque artiste, une nouvelle technique et un nouveau regard apparaissent. La photographie devient artistique dès la case numéro 4, soit à la fin du XIXe siècle. Bref, c’est le grand livre de l’art qu’on feuillette en quelques images et quelques mots. Le dispositif est simple et bigrement efficace.

Une histoire rigoureuse et subjective

Si objective et rigoureuse soit-elle, cette histoire de l’art proposée par YO n’en est pas moins faite de partis pris et d’impasses qu’on ne peut que saluer quand bien même nous les désapprouverions. Impasse sur Renoir, par exemple, et bien d’autres. Un coup d’œil sur son blog confirme d’ailleurs que Renoir, le peintre des femmes plantureuses et alanguies, n’est pas le bienvenu. « La peinture chez Renoir, écrit-elle, est un prétexte ; elle sert à faire croire au bonheur. Pourquoi pas ? Mais on n’est pas obligé d’y trouver son compte. » Exit donc Renoir, auquel YO préfère Jean Rustin « qui ne fait pas de prosélytisme pour une quelconque vision de l’humaine condition ». Sans appel, son jugement a au moins l’avantage de préciser ses orientations et ses goûts artistiques. Artiste elle-même, YO ne pouvait évidemment composer cette étonnante et amusante histoire de l’art sans y affirmer son propre point de vue.

YO, Yolaine Belmont-Roux pour l’état civil, vit en Auvergne depuis plus de 20 ans. Elle expose ses peintures, ses dessins et ses œuvres plastiques en France et à l’étranger (Espagne, Irlande, Pays-Bas, Suisse, Liban, Grèce).

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