Paris… Châtel-Guyon… Nice

Pour la première fois de sa longue existence, la course cycliste Paris-Nice fait étape à Châtel-Guyon. C’est tout un barnum qui posera ses tentes dans la ville thermale pendant quelques heures, le 6 mars.

Sur le calendrier du cyclisme international, Paris-Nice n’est pas une simple revue d’effectifs. C’est la première grande course à étape de la saison. Inscrire son nom au palmarès de cette épreuve revêt beaucoup d’importance aux yeux des équipes et des coureurs. Bobet, Anquetil, Poulidor, Merckx, Indurain, Kelly, Jalabert ou Wiggins ont franchi en leader la ligne d’arrivée à Nice. Cette année encore, les meilleurs du plateau, comme Chavanel, Boonen, Gesink, Menchov ou Basso ne laisseront à personne d’autre qu’eux-mêmes le privilège de coiffer les lauriers de la victoire, si toutefois ils ont assez de jus en ce début de saison. 23 équipes ont signé la feuille d’engagement, parmi lesquelles la Quick-Step, la Lampre, AG2R, FDJ, Lotto ou Katusha. Par son ampleur et son prestige, Paris-Nice, que le milieu cycliste appelle la « course au soleil », est un avant-goût du Tour de France, une promesse d’été dans l’hiver finissant.

Beaucoup de beau monde

Evidemment, tout ce beau monde fait beaucoup de monde sur les routes et dans les villes étapes. Châtel-Guyon, qui accueille Paris-Nice pour la première fois, s’apprête à recevoir un drôle de barnum. Demain, à partir 10h, et jusqu’au départ de cette 3è étape qui conduira les coureurs à Brioude, l’avenue de l’Europe grouillera de caravanes, de bus, de camping-cars et de voitures bariolés aux couleurs des sponsors. Les coureurs seront visibles, et certains d’entre eux accessibles aux demandes d’autographes. L’inamovible Daniel Mangeas, speaker des plus grandes courses cyclistes depuis au moins le Crétacé, présentera les coureurs et les équipes. La course une fois partie, Châtel ne sera pas décrétée « ville morte ». Des animations égayeront les rues jusqu’à 16h (cycloparc dans la cour de la Mouniaude avec initiations au BMX et Home Trainer ; cyclisme acrobatique et artistique avec Jean Carmier, Champion de France Junior de cette discipline ; courses cyclistes de catégories poussin à cadet ; prévention routière ; expositions…).

Le départ de la course sera donné avenue de l’Europe vers 11h35. Les coureurs traverseront ensuite l’avenue des Etats-Unis, l’avenue Baraduc, la Place Brosson, l’avenue de Broqueville, puis l’avenue de Russie. Après quoi ils prendront la route de Volvic, fileront en direction de Sayat, Cébazat, Gerzat, Pont-du-Château, Billom, Lamontgie, passeront dans le département de la Haute-Loire, et franchiront la ligne d’arrivée à Brioude après environ 4 heures de course et 170,5 km. La côte de Mauvagnat, de 6,7 % d’inclinaison et de 2,7 km de long, constituera la grosse difficulté de la journée.

Presse et cyclisme, un tandem gagnant-gagnant

Sur le tandem où le cyclisme et la presse sportive ont pris place depuis plus d’un siècle, c’est la presse qui tient le guidon, et le tient encore, et fermement, même si la télé, assise sur le porte bagage, indique à présent la route à suivre, et fait tinter la monnaie. L’organisateur de Paris-Nice, le meneur de cette grande revue de début de saison, n’est autre qu’Amaury Sport Organisation, une branche du groupe de presse Amaury, lequel est propriétaire des journaux Le Parisien et L’Équipe. Amaury Sport qui organise aussi le Tour de France, Paris-Roubaix, le Critérium du Dauphiné, la Flèche Wallonne, Liège-Bastogne-Liège (liste non exhaustive).

La presse tient non seulement le guidon du tandem, mais elle a inventé ledit tandem, en créant elle-même les courses les plus prestigieuses, qu’elle a ensuite popularisées par le récit : le Tour d’Italie en 1909 par la Gazetta Dello Sport ; le Tour d’Espagne en 1935 par le journal Informaciones ; l’inégalable Tour de France en 1903 par L’Auto et son directeur Henri Desgrange ; ou encore Paris-Nice, en 1933, par Albert Lejeune, alors patron du Petit Journal (Paris) et du Petit Niçois (Nice). Intérêts bien compris et complicité évidente, donc, entre un géniteur et sa progéniture, entre le journalisme et l’évènement. Sans la presse sportive, le cyclisme ne serait qu’un banal moyen de transport, au mieux un loisir entaché de masochisme. Imaginez qu’en 1903 le journal L’Auto ait lancé l’idée d’un Tour de Chine en pousse-pousse plutôt que celle d’un Tour de France en vélo. On se souviendrait peut-être de Mao comme de l’un des plus grands « pousse-poussiers » de tous les temps et nous n’aurions jamais entendu parler de Lance Armstrong.

 

 

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