Baptême pour tous en Pays Brayaud

Les 1er et 2 juin, la ville de Châtel-Guyon célèbre deux anniversaires : les 150 ans d’histoire et de patrimoine culturel en Pays Brayaud et les 20 ans du groupe folklorique des Danseurs Brayauds de Châtel-Guyon. Deux jours de concerts et de danses auxquels s’ajoutera la reconstitution, en costumes d’époque, de deux baptêmes du 19e siècle, l’un religieux et l’autre républicain. Pas de jaloux !

Au moment où la France se déchire pour une histoire de mariage, les Danseurs Brayauds de Châtel-Guyon, groupe folklorique fondé en 1993, ont décidé de rabibocher tout le monde autour de deux baptêmes… et de quelques chopines de Madargue. Ces baptêmes fictifs – le premier religieux, le second républicain – font suite à la reconstitution d’un mariage que les Danseurs Brayauds avaient mise en scène dans les années 90, sur une idée de Marie-Claude Boismenu, ancienne correspondante du journal La Montagne, à Volvic. « J’ai imaginé, nous dit-elle, que des jumeaux sont nés de ce mariage, une petite Mariette et un petit Baptiste, qu’il s’agit à présent de baptiser. Or, les deux grands-pères de chaque famille, véritables patriarches, s’opposent sur le sens à donner à la cérémonie de baptême, l’un étant un catholique fervent et l’autre un républicain non moins fervent. Les années passent et les deux hommes se mettent enfin d’accord pour que le petit Baptiste soit baptisé selon le rite républicain et la petite Mariette selon le rite catholique. » Baptême pour tous, donc, quelles que soient les convictions de chacun. C’est l’avantage de vivre en France où, déjà au 19e siècle, ont avait le choix.

Un membre des danseurs Brayauds tiendra le rôle de Monsieur le Curé, tandis que Frédéric Bonnichon, l’actuel maire de Châtel, procédera au baptême républicain en gibus et queue de pie. Les deux vraies fausses cérémonies, qui se dérouleront le 2 juin dans le Parc thermal, seront suivies d’un repas à la Mouniaude, où 500 convives sont attendus (réservations au 04 73 86 38 96).

Marie-Claude Boismenu a imaginé un épilogue à ces deux baptêmes. Mariette, baptisée à l’église, devient plus tard institutrice et militante syndicale. Une tradition orale lui attribue même « l’audacieux dessein de faire du Pays Brayaud une région autonome ! » Quant à Baptiste, bien que baptisé à la mairie, il entrera dans les ordres, porté par une impulsion mystique irrésistible. Rien n’est jamais écrit.

Programme

Mise en valeur de la culture et des traditions auvergnates, cette manifestation accueillera plus de 200 musiciens et danseurs folkloriques, venant de Saint-Flour, de Rodez, du Bourbonnais, d’Ennezat, de Cussac en Dordogne, etc. Le 1er juin à 14h30, une randonnée musicale conduite par l’ADEP entraînera les marcheurs à travers les vignobles brayauds. Ce même jour, un concert « choral » sera donné à l’église Sainte-Anne (20h30). Le 2 juin, après les baptêmes et le repas un bal gratuit sera donné à la Mouniaude (17h30) où le public pourra voir en outre des expositions.

 Jean Karvaix, mémoire  du folklore

Jean Karvaix en patriarche avec le petit « Baptiste »

Entré en folklore en 1956, Jean Karvaix a fondé les Danseurs Brayauds de Châtel-Guyon il y a 20 ans, en 1993. Mémoire vivante des groupes folkloriques, il esquisse pour nous leur évolution.

En 1956, on ne trouvait pas une vielle sur le marché, pas une cornemuse, aucun instrument, c’était le désert dans le domaine des arts et traditions. Mais à partir du début des années 70, sur la vague du slogan « Volem viure al païs » (nous voulons vivre au pays), on a vu apparaître des groupes folkeux, et des luthiers ont à nouveau fabriqué des instruments qu’ils ont même perfectionnés. Ces luthiers ont accompli un travail extraordinaire. Il y a eu alors en France un engouement formidable pour le folklore, avec des groupes partout, des festivals rassemblant jusqu’à 6000 personnes, etc. Les jeunes qui nous ont rejoints en ce début des années 70 ne s’intéressaient pas aux costumes mais uniquement à la musique. Et là nous avons été dépassés. Ils ont créé, composé, et fait ce qu’ils appelaient une musique métissée qui ne correspondait plus vraiment à ce qui se faisait auparavant. Dès lors, on a eu deux courants : celui des folkloristes traditionnels avec les costumes et les danses, auquel j’appartiens, et celui des musiciens, de plus en plus performants, de plus en plus créateurs, c’est vrai, mais qui font, à mon avis, une musique qui n’a plus grand-chose à voir avec les fondamentaux du terroir auvergnat. Aujourd’hui, les jeunes se sont complètement détournés des groupes folkloriques « à costumes », et ce d’autant plus que les médias, qui ont longtemps soutenus notre mouvance, ont fini par s’intéresser à autre chose. C’est dommage, car il y a de la place pour tout le monde.

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