Un festival irrépressible

Du 19 au 25 mai, le troisième festival de clowns et burlesques « Les Irrépressibles » donnera du fil à retordre aux ventres, aux côtes et aux zygomatiques. Et c’est très bien car le rire est recommandé par l’agence nationale de santé…

Ne craignons pas de mettre les pieds dans le plat à barbe. Aucune ville n’était plus destinée que Riom à porter un festival de « clowns et autres burlesques ». Il fallait bien que l’impératif contenu dans son nom se fît entendre un jour pour ce qu’il est : « Rions ! » Notez que cet impératif n’a rien de catégorique. Il ne résonne pas comme une injonction. Il serait plutôt une invitation. Le rire ne se commande pas.

Au plan strictement factuel le festival Les Irrépressibles, 3e édition, se déroulera du 19 au 25 mai à Riom, Ménétrol, et Saint-Bonnet-près-Riom. Son programme est copieux : quatre spectacles ; une soirée Jerry Lewis avec le Ciné-club de Riom au cinéma Lux ; une expo des élèves de l’Ecole d’Arts Plastiques de Riom aux Abattoirs ; une projection du documentaire « Tout va bien – 1er commandement du clown » ; cours publics donnés par l’Ecole de Clowns et Burlesques Le Samovar ; un tremplin jeunes talents ; des ateliers, etc. Voir le détail de ce programme sur le site www.lesirrepressibles.com.

 

Monstres d’humanité par la Cie N°8

L’ambition vient en riant

Longtemps, le genre clownesque et burlesque a été toisé de haut. La faute au snobisme germanopratin des critiques et de l’Université qui ont toujours préféré pleurer plutôt que rire. Louis de Funès, en son temps, ne valait pas une ligne dans un « journal sérieux » sinon pour l’écorcher vif. Il est aujourd’hui adulé pour les mêmes raisons qu’il était détesté hier, par pur snobisme. Mais au moins est-il enfin reconnu. Chaplin a pâti d’un traitement identique. Seul Buster Keaton a échappé au mépris. Il est vrai qu’il avait la bonne gueule de l’emploi, son personnage affichant une impassibilité qu’on prenait pour de la profondeur. Et ne parlons pas des clowns de cirque, ces paillasses pour enfants, dont les pitreries faisaient presque honte.

Mais tout a changé à présent. Le burlesque, la farce, peu importe comment on l’appelle, a désormais droit de cité, et le festival Les Irrépressibles est porté par la vague d’intérêt que ce genre soulève auprès du public, lequel a toujours un longueur d’avance sur les prescripteurs culturels (critiques et institutions qui distribuent les bons comme les mauvais points). Les organisateurs du festival, parfaitement conscient du phénomène, ne cachent d’ailleurs pas leur ambition. Ils font en tout cas tout ce qu’il faut pour lui donner les lettres de noblesse qu’il mérite. Pourquoi Les Irrépressibles ne deviendraient-ils pas la référence française du burlesque ? Qui croyait au succès du théâtre de rue d’Aurillac quand ce festival fut lancé par Michel Crespin en 1986 ?…

Le rire apocalyptique

Les spectacles qui seront présentés au public sont tous de très haut niveau. Monstres d’humanité, par exemple, que joueront le 25 mai à 15h au Couriat les acteurs de la « Cie N°8 », allie à merveille le rire et l’intelligence. C’est une sorte de conte apocalyptique dans lequel seuls les puissants ont survécu à la grande destruction. Or, tels des requins pris au piège dans un bocal de poissons rouges, ces puissants s’entredévorent, n’ayant plus rien d’autre à se mettre sous la dent qu’eux-mêmes. Signalons enfin la soirée Jerry Lewis le 19 mai à partir de 18h30 au cinéma Lux. Deux films du grand comique américain seront diffusés : Le Tombeur de ces Dames (1961) et Dr Jerry et Mr Love (1963). En 2014, on peut le dire sans crainte d’être privé de dessert, Dr Jerry et Mister Love est un pur chef-d’œuvre.

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