Le Gall, le goût

Du 29 mai au 19 octobre, à Riom, le Musée Mandet présente une rétrospective de l’œuvre du sculpteur et décorateur Hubert Le Gall…

Pinocchio est un lampadaire en bronze doré. En pleine lumière, il ne se risque pas à mentir. Son nez reste petit. Du moins le croit-on. Ne tient-il pas dans son dos une scie et une branche fraîchement coupée, son nez ? Hubert Le Gall aurait pu signer du nom de Geppetto cette allégorie du design mensonger. Il préfère s’asseoir sur le fauteuil-baleine pour les besoins de la photo. Ne s’appelant pas Geppetto, il ne craint pas d’être avalé par lui.

Pourquoi un fauteuil n’aurait-il pas la forme d’une baleine ? Ou celle d’un lapin ? On peut caresser un fauteuil-lapin, le céder au chat, y déposer le catalogue d’une exposition d’Hubert Le Gall en étant sûr de le retrouver intact. Les fauteuils-lapins ne mangent pas les catalogues. Les lapins n’ont plus.

Mon Yéti, lampe des neiges

La fonction crée l’organe. Hubert Le Gall part de la fonction pour ne surtout pas créer d’organe. Ou alors accessoirement, comme par hasard. Prenons le cas de la lampe « Mon Yéti » qu’il imagina en 2005. A l’origine il y a une lampe avec un pied, un abat-jour et une ampoule. Il enveloppe le pied d’une fourrure blanche et épaisse, fixe deux petites cornes en acier doré au sommet de l’abat-jour, et relie le tout à un mur au moyen d’une chaîne, car un Yéti, abominable lampe des neiges, a tendance à se comporter comme un éléphant dans un magasin de porcelaine quand on lui lâche la bride. Sage précaution qui nous permet de lire tranquillement sous l’éclairage diffus de cet animal cryptozoologique un livre de Bernard Heuvelmans, le père de la cryptozoologie.

Curieux cabinet

Autre animal étrange exposé au musée Mandet, le cabinet-taureau ; Il s’agit un meuble taurin mais pas bourrin, noir et doré à la feuille, arborant une tête de Minotaure. Face à lui, ce n’est pas le Yéti qu’il faut enchaîner mais la main de Thésée.

Le mobilier d’Hubert Le Gall, de même que ses accessoires décoratifs (chenets, bougeoirs, etc.) sont des folies douces. Ils ne dépareraient pas dans un cabinet de curiosités du XVIIIe siècle, entre une lunette d’astronomie, un os de ptérodactyle, une carapace de tortue matamata et une fleur séchée de la forêt équatoriale grande comme une assiette de Sèvres. Il fallait une bonne dose d’humour pour composer un cabinet de curiosité. Hubert Le Gall ne manque ni d’humour ni de curiosité.

Élégants

Même quand ils sont résolument loufoques, les objets qu’il imagine sont élégants et parés des plus beaux matériaux : des bois laqués, de la feuille d’or, du bronze, du velours, de la soie, de l’ébène de Macassar, du laiton, du verre, de l’inox… Les couleurs utilisées sont souvent vives : vert l’intérieur du fauteuil-lapin, rouge ou vert le fauteuil-baleine, rouges et verts les fauteuils-pots-de-fleurs. Quant au fini de ces objets, il ne laisse aucune chance au hasard ; il est parfait.

Né à Lyon en 1961, Hubert Le Gall a étudié la gestion, la finance, enfin un truc de ce genre, avec des colonnes de recettes et de dépenses. La beauté froide des chiffres n’a cependant pas retenu son attention. Il a préféré la beauté des objets. C’est en 1995 qu’il a surgi dans le monde des arts en exposant à la galerie Avant Scène qui depuis le représente. Le Musée Mandet accueille sa première rétrospective.

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