De la Bastille à Ebreuil, et retour

Le marquis de Sade et le peintre Michel Boucheix avaient un point commun. Ils ont séjourné à Ebreuil et ont été emprisonnés à la Bastille.

Donatien Alphonse Francois Marquis de Sade (1740-1814)

La petite commune d’Ebreuil, belle et discrète au bord de la Sioule, a un riche passé historique. En témoigne encore son architecture civile et religieuse très ancienne, comme en témoignent les personnages importants qui la traversèrent, ou y demeurèrent.

Elle accueillit plusieurs rois. Louis le Pieux, appelé aussi le Débonnaire, y possédait une résidence, à une époque où son père, Charlemagne, régnait sur l’Occident, à la fin du VIIIe siècle.

Charles VII, au milieu du XVe siècle, vint lui rendre visite. Non par courtoisie, mais pour l’assiéger. Des princes en révolte contre ses réformes militaires s’y étaient retranchés. On appela « Praguerie » cet épisode de l’histoire de France.

Un siècle plus tard, le jeune Charles IX, qui voyageait à travers la France avec sa mère, Catherine de Médicis, fit étape à Ebreuil. Instigatrice de ce voyage, la reine espérait dessaler un peu son fils avant de le lâcher dans l’arène politique.

Jacques de Sade, l’oncle du marquis

Centre religieux de fort rayonnement grâce à l’Abbaye Saint-Léger, Ebreuil eut aussi son lot de dignitaires ecclésiastiques. L’un d’eux frappa tout particulièrement les esprits : Jacques-François-Paul-Aldonce de Sade. Ami de Voltaire et de Madame du Châtelet, libertin et fin lettré, il n’en demeurait pas moins abbé de son état. C’est à ce titre qu’il fut nommé commendataire de Saint-Léger, en 1744. C’était un poste enviable, car d’un bon rapport financier et ne nécessitant pas du titulaire une présence de chaque instant. Rien ne pouvait mieux convenir à son âme de fin lettré et à ses penchants libertins. Mais il fit preuve de si peu d’assiduité qu’aujourd’hui encore on lui impute le déclin de l’Abbaye de Saint-Léger.

Deux années s’étaient à peine écoulées depuis sa nomination à Ebreuil que son frère, le comte de Sade, diplomate, lui confia l’éducation de son jeune fils, Donatien Alphonse François, âgé de six ans environ.

L’abbé aimait à s’entourer de femmes

Ebreuil en 1460

On pourra toujours gloser sur le rôle que Jacques  de Sade joua réellement dans la formation et les inclinations de son neveu. Nous n’avons aucune preuve qu’il ne s’acquitta pas honorablement de la mission que lui avait confiée son frère. Le « Divin marquis », puisque c’est bien de lui qu’il s’agit, n’eut sans doute besoin de personne pour se « créer ».

Cela dit, l’abbé aimait à s’entourer de femmes, y compris à Ebreuil, et pas seulement pour évoquer avec elles les beautés du paysage ou jouer au trictrac. Dans une lettre adressée à ses tantes, le tout jeune marquis, à qui l’on avait reproché de mal se comporter, avait choisi, pour se défendre, de détourner l’attention sur son oncle, qualifiant l’une de ses résidences de « bordel » ni plus ni moins.

Donatien Alphonse François séjourna à plusieurs reprises à Ebreuil, notamment les étés, pendant au moins trois années. Il n’en garda pas un mauvais souvenir semble-t-il. Mais on ne sait à peu près rien de la façon dont il occupait ses journées. On peut supposer qu’il étudiait, sous la houlette de son oncle, et qu’ensuite, il jouait avec des petits Ebreugliens.

Accusé de travailler à la transmutation des métaux

Un homme peut-être fou, en tout cas très étrange, a, comme le marquis de Sade, séjourné à Ebreuil, et comme lui, fut embastillé. Ce que l’on sait de sa vie tient dans une levée d’écrou rédigée à la Bastille et une courte lettre que le comte de Pontchartrain adressa le 26 novembre 1704 à l’intendant d’Auvergne.

Cet homme s’appelait Michel Boucheix. Natif de Rochefort-Montagne, il était peintre et dessinateur à l’Académie royale. A soixante ans, il avait eu le tort « de travailler à la recherche de la pierre philosophale et à la transmutation des métaux pour faire de l’or et attraper par ce moyen quantité de personnes assez crédules pour ajouter foi à ces sortes de fourberies en leur faisant espérer de grandes richesses par la réussite de ses secrets. » Ayant demandé et obtenu d’être exilé à Ebreuil, ville dont il connaissait apparemment le Seigneur, Michel Boucheix ne resta enfermé à la Bastille que durant sept semaines. Il a eu plus de chance que le marquis.

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